Interviewz :: Dani Bumba ::

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PHOTOS Prisca M. Monnier au SHAKESPEARE AND COMPANY // DIRECTION ARTISTIQUE et PROPOS RECUEILLIS par Catia Mota Da Cruz et Prisca M. Monnier
Hibiscus
Humble jardinier, j’appelle à l’indulgence de mes terres jadis négligées, les fleurs de mon pays, depuis, ne croient guère en mon palpé averti. En jardinier passionné, j’ai aimé toutes les fleurs, satané engouement, oublié certaines, celles du jardin de mon pays. L’écho d’un autre, l’égo de moi même, et puis l’herbe qui semble si verte chez le voisin, et le voisin qui se garde, à mon jardin, de jeter des fleurs. Hibiscus j’implore tes huiles et autres vertus, essentielles à ma pousse favorable, ton absolution aussi. Si tant une fois je fusse l’arbre voyageur, permet moi, puisqu’il le faut, mourir, puis renaître, en ton verger et couvre de tes pétales immortels mes cendres ingrates.

Extrait du recueil en préparation de Dani Bumba

Des envies de musique qui ont commencé par…

Un père gros kiffeur de son qui était Dj dans son quartier à Kinshasa, auprès duquel j’ai d’ailleurs récupéré une majorité des vinyles. Des classiques dans lesquels mon enfance a baigné, de Stevie Wonder à Bob Marley en passant par Lucky Dube, ou encore Tabu Ley Rochereau, Lutumba Simaro et pleins d’autres. Je suis l’aîné d’une fratrie de 3 gars, tous zikoss. Avec mon frère cadet on s’est beaucoup fait la main, notamment, en jouant des reprises de quelques uns des plus grands noms de la musique. Les églises congolaises et les louanges aux rythmes “endiablés” (rires), une mère qui fait absolument tout en chantant des chants folkloriques en Kikongo*. La musique, jouer des instruments, chanter, on aime un peu tous ça dans la famille.
La première bande que j’ai enregistrée, c’était avec mon groupe de rap, KLANZ. J’ai commencé à vraiment chanter mes textes via le rap. J’aime BEAUCOUP le rap, le rapport que les rappeurs ont avec les mots et la rythmique du débit, le flow, comme on dit.
Et de fil en aiguille, au gré des rencontres et des découvertes, mon amour pour la musique a pris une ampleur telle, que j’ai décidé à 19 ans d’en faire sur scène, pour partager cet amour avec un max de gens.
*Kikongo | RDCongolangue congolaise

Par contre impossible de catégoriser ton style de musique…

Je me rappelle que plus jeune, avec mon frère cadet, on n’arrêtait de créer de la musique avec absolument tous les sons qu’on entendait, sirènes d’ambulance, rames de métro ou une phrase, un mot qu’on trouvait drôle, qu’un de nous répétait en boucle pendant que l’autre faisait des percussions. Ce n’était pas tant le côté technique ou je ne sais quoi qui était préconisé mais une émotion, ce p’tit truc qui nous faisait bouger les hanches pendant de longues minutes voir des heures, il y a même certains délires qui nous font encore vibrer aujourd’hui. Ma musique est à l’image de ce que je ressens aujourd’hui. Pouvoir dire et faire les choses le plus sincèrement possible. C’est ça mon univers musical, il faut que ça me fasse vibrer, le reste j’y pense après, ou pas du tout.
Je laisse le soin à ceux qui écoutent ma musique de catégoriser mon style, c’est plus simple… (rires)

Niveau actu ? Album ? Single sorti ?

Je travaille sur un recueil de poésie à sortir sans doute pour les jours qui précéderont la rentrée de septembre… Un deuxième album qui se fabrique en ce moment et que je vis un peu comme un premier album. Comme je l’ai dit, je suis en phase de renaissance, je suis enfin en phase avec moi-même. Donc c’est vraiment mon premier album… C’est un album un peu plus afro qu’avant, une touche contemporaine, afropéen comme on dit.

Un titre qui règne en ce moment: « 100 fois »… « 100 fois » quoi ?

100 fois comme une prière, un espoir profond qu’on se répète souvent jusqu’à ce qu’il s’accomplisse. C’est une chanson que j’ai écrit en marchant une après-midi, je me souviens de mon mood du jour mais ça serait délicat de le détailler (rires). C’est, en quelques sortes, à ma façon, une ôde à la vie cette chanson. C’est pourquoi elle se veut très percussive au niveau de la musique. Je voulais faire quelque chose qui serait à la fois rythmé et un peu mélancolique avec une mélodie saveur miel (rires).

Trois adjectifs qui te définissent ?

Eeeuuuuhhhh…hhhmmmmmmm…cool. En voila trois (rires)

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Peut-on vivre sans héritage culturel ?

Je pense que non mais cela n’engage que moi. “Chassez le naturel il revient au galop”!
Je pense que l’on ne doit pas tourner le dos à ses origines, sa culture, ses héritages. C’est une force, les fondements de cet équilibre qui fait l’HOMME. Savoir qui on est, d’où l’on vient, c’est être au meilleur de sa personne.

C’est quoi être noir ?

C’est un combat. Tu es automatiquement stigmatisé quand tu veux vivre ta culture. Quand je lis Aimé Césaire, on me dit que je lis de la littérature noire. Mais un Cocteau n’est jamais catégorisé comme euro-écrivain. C’est réellement un combat, mais un beau combat avec une élégance à outrance!

Et du coup la BLACKATTITUDE…?

C’est Vivre ses origines, tels qu’ils soient le plus naturellement possible. Sans codes. Sans clichés. Sans tabous. Une attitude liée à la fois à sa culture et à l’endroit où l’on vit. Un métissage d’idées et une acceptation de soi. Une rose ne peut pas devenir hibiscus…

La beauté selon Dani Bumba c’est quoi ?

J’aime à dire que la beauté a mille visages. Entendez par visage, espoirs, futurs, contrées, rêves, cultures. La beauté est bien trop libre pour pouvoir ne fût-ce qu’une seconde l’arrêter et la décrire. Tout le monde peut la voir sous des formes différentes mais personne ne peut réellement s’en approprier et prétendre avoir découvert la beauté qui convienne à tous, elle n’appartient à personne sauf à elle même alors elle se présente comme elle le décide en fonction de chacun. Et c’est déjà une sacré bénédiction de l’apercevoir de temps en temps ici et la, sous une forme ou une autre. J’espère avoir un jour la capacité de voir au delà des idées que je me suis fait de la beauté et de la voir vraiment dans toute sa splendeur, alors pour l’instant de ma petite de connaissance et expérience je m’ abstiens de la décrire et préfère la chercher encore et encore, humblement mais surement.

C’est comme la liberté?

C’est une des vertus de la beauté. Comme elle, elle ne se définie pas vraiment par un aspect palpable. La liberté ne s’estime, je pense, que lorsque l’on réalise sa nature profonde. Lorsque nous autre, Hommes, nous réalisons notre nature aimante et qu’en action nous témoignons de cette réalisation. La liberté c’est quand on parvient à se détacher de tout ce qui réveille en nous la crainte et le doute, la possibilité de pouvoir faire ce qui nous rapproche le plus de notre soi intérieur. Quand on parvient vraiment à être et non, plus seulement, paraître. Lorsque l’on devient une énergie au service d’un tout et de tous.


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